Contrôle commande : SNCC ou API-SCADA ?

Qui de plus pertinent que les membres du Club Automation pour répondre aux grandes questions actuelles dans les automatismes. C’est la réflexion qui a mené le Club et Jautomatise à créer ces rendez-vous réguliers, filmés et disponibles sur leurs sites web respectifs, mettant face à face deux spécialistes sur un thème qui fait débat. Ce premier opus décortique les avantages des SNCC et des nouvelles solutions à base d’API et Scada dans le contrôle commande industriel.

Les participants :
Olivier Bouly responsable du service expertise à la direction des grands travaux au SIAAP et président du club automation
Robert Despins, technical sales consultant chez Invensys France

Le débat faire rage dans le monde des automatismes. Les SNCC (système numérique de contrôle-commande SNCC, ou DCS pour distributed control system en anglais) utilisés dans bon nombre de sites industriels et pétroliers à travers le monde vont-ils disparaître, poussés dehors par des solutions dites API-Scada, composées d’automates connectés à une supervision ? Avant de trancher, encore faut-il savoir de quoi on parle. « Le SNCC est un système complètement intégré qui dote les contrôleurs d’une intelligente de process et qui gère l’interface entre ces contrôleurs à travers un système de supervision pour les opérateurs », explique Olivier Bouly responsable du service expertise à la direction des grands travaux au SIAAP et président du Club Automation. Ces systèmes, utilisent des objets, des briques de base qui gèrent à la fois des modules process, des modules graphiques, des modules de données, et qui intègrent toutes ces données pour les remonter sur des serveurs, afin de pouvoir les exploiter. « A contrario, le système API-Scada est plutôt orienté sur les couches de niveau 1 et 2. Au niveau 1, les automates gèrent eux-mêmes leurs programmes. Sur le niveau supérieur, la supervision utilise les données des automates pour animer des synoptiques, des tableaux », poursuit Olivier Bouly.
L’avantage du SNCC ? Sa puissance en terme d’intégration puisque le système est capable d’aller chercher les données sur le terrain, de les exploiter et de les animer sans passer par un système tiers. En outre, s’il est fermé à toute interface extérieure, il est reconnu pour ra robustesse, principalement due au fait que l’on a affaire à un seul fournisseur. Au contraire, une solution d’API-Scada est par définition l’agrégation de plusieurs solutions, connectées grâce à des interfaces. Bref, on parle souvent de systèmes fermés et de systèmes ouverts.

Les demandes changent

Dans le traitement de l’eau en particulier, « il nous faut des systèmes robustes, note Olivier Bouly, mais si nous sommes plutôt dans des processus séquentiels, nous avons besoin de remonter toujours plus d’informations, de nourrir des indicateurs et des tableaux de bords, mais aussi de gérer des consignes, de pouvoir distinguer les attentes des métiers de la production et de la maintenance… » Et en même temps, l’ouverture devient nécessaire. « Nos usines évoluent sans cesse et nous sommes amenés à intégrer des process nouveaux. Les fournisseurs nous proposent des architectures packagées qu’il nous faut intégrer dans nos usines. En outre, tous nos systèmes liés aux utilisées (eau, air comprimé, etc.), qui sont gérés généralement par des automates, doivent aussi pouvoir dialoguer avec nos systèmes de commande. » Evidemment, il faut pouvoir intervenir sur une partie de l’architecture sans perturber les autres et il n’est pas question de stopper les installations lors de l’intégration d’un nouveau système, car l’objectif numéro 1, c’est la continuité de fonctionnement.

Vers la convergence

« Dans la chimie ou le traitement de l’eau, les industriels veulent des outils de compréhension de ce qui se passe au niveau de la production pour l’optimiser et l’améliorer. Dans le domaine du Oil & Gaz, où le SNCC est né, on observe aussi une demande nouvelle de tableau de bord, de compréhension et de régulation des processus», note Robert Despins. Pour y répondre, chez Invensys, nous avons fait évoluer nos outils dans les couches supérieures. On garde donc la couche inférieure avec sa stabilité et sa fiabilité et, sur les couches supérieurs, là où on proposait une supervision simple, on évolue sur du data model et au niveau de l’interface que l’on va offrir à l’opérateur, avec des Kpi, des outils de monitoring, des informations liées à la maintenance…  On évolue dans le sens des MES. » Cette évolution se traduit également par un traitement des alarmes plus complet, de la ségrégation de l’information,  afin de donner « la bonne info au bon moment à la bonne personne », ou encore des calculs opérés dans la couche supérieure du système plutôt qu’au niveau bas de l’architecture. Avec l’avantage de ne proposer qu’un seul configurateur pour l’ensemble.
De nouvelles contraintes pour l’utilisateur ? Pas vraiment. « La force du SNCC, c’est encore la pérennité. On va garder cette pérennité-là. Mais on va bâtir avec le client un process d’évolution. Cela peut passer par de l’intégration, de la migration, voire de plus en plus sur de gros systèmes, par de la communication entre systèmes. Ainsi, sur les gros systèmes, chacun reste indépendant, en particulier sur la gestion et la maintenance, et va subir sa propre évolution, tout en étant relié aux autres par une couche interne qui va leur permettre de communiquer », explique Robert Despins. Pour l’opérateur, tout est transparent ; il n’a pas à se soucier de la source de l’information ou de la vue dont il dispose.

Le SNCC voué à disparaître ?

La grosse évolution des SNCC, c’est donc cette ouverture vers les systèmes tiers automates et les bases de données. Et cela devrait leur éviter une mort annoncée par certains. « Le terme pourrait disparaître au profit du process automation système (PAS), mais ce n’est pas parce que le nom change que le besoin change. Si on cherche de la robustesse de la pérennité, on ira toujours vers un SNCC », note Robert Despins. « Dans le cadre du traitement de l’eau on a des usines qui doivent évoluer dans le temps. Le SNCC vu comme un système fermé robuste ne peut pas convenir. Par contre, s’il prend en compte ce besoin d’évolution et permet d’intégrer de nouveaux équipements alors il peut garder sa place », ajoute Olivier Bouly. Le débat, à l’avenir, ne sera donc pas de savoir si le SNCC va laisser place aux solutions de type API-Scada, mais plutôt comment les deux philosophies vont se rejoindre, et à quelle échéance…