Des robots pour les PME !

Le 23 octobre dernier, le Cetim avait invité les PME de la mécanique à venir découvrir les outils à leur disposition pour entrer dans l’ère de la robotisation : RobotStartPME et CAPME’up. Revue de détail.

 

Tout le monde le dit, la France est en retard sur l’Allemagne et l’Italie sur l’emploi de robot dans l’industrie. Certains discuteront les chiffres (19000 robots installés outre-Rhin l’an dernier contre 3500 seulement dans l’Hexagone), mais la réalité est là : nos entreprises mécaniciennes, et en particulier nos PME, ne misent pas assez sur la robotisation. Si l’on en croit ceux qui ont déjà sauté le pas, il y a pourtant beaucoup à gagner. « Nous avons un robot actuellement en fonctionnement. Grâce à cette cellule, nous avons divisé par trois les temps d’usinage car tout est fait en temps masqué, explique Daniel Matthey, Pdg du fabricant d’outils francilien Magafor. Nous en aurons 10 dans 10 ans. Ce sont les emplois de demain. » Autre exemple, chez le mouliste Georges Pernoud, à Oyonnax (Ain), la robotisation à l’œuvre depuis plusieurs années ne tue pas l’emploi. Au contraire. « Nous avons robotisé et, parallèlement, l’effectif a été multiplié par deux en 10 ans », assure Gilles Pernoud, président du conseil d’administration.

 

Deux dispositifs complémentaires

Le Syndicat des technologies de production (Symop) veut aider les entreprises, et en particulier les petites, à suivre ces exemples. Pour cela, il a initié deux dispositifs complémentaires. Le premier, baptisé RobotstartPME, doit pousser les petites structures à sauter le pas. Ce programme fournit un « accompagnement personnalisé à la robotisation », déclare-t-on au syndicat, en trois étapes. D’abord, l’entreprise candidate bénéficiera du diagnostic d’un expert du Cetim (ils sont 37 en France à participer) qui étudiera son projet. S’il est validé, ce même expert assistera l’entreprise jusqu’à 10 jours (il est prévu un cycle court ou un cycle long, selon la maturité du projet) dans l’étude de sa cellule robotisée, la rédaction de son cahier des charges, la recherche de fournisseurs et la mise en place des opérations de communication nécessaires. Enfin, le programme prévoit un financement de 10% du coût de la cellule (plafonné à 20000 euros). Mis en place pour deux ans, RobotStartPME compte aider 250 PME à se lancer. Attention toutefois, les entreprises candidates devront satisfaire plusieurs conditions : réaliser un chiffre d’affaires inférieur à 50 millions d’euros, avec un total de bilan qui n’excède pas 43 millions, ne pas appartenir à un grand groupe, employer moins de 250 personnes et, surtout, être primo-accédante, c’est-à-dire ne pas posséder de robot. Les PME qui répondent à ces conditions peuvent poser leur candidature sur le site du programme, comme l’ont déjà fait 25 entreprises.

Vous n’êtes ni une PME, ni primo-accédant ? Rassurez-vous, il existe une solution pour vous aider : CAPME’UP. Porté par un consortium de trois instituts Carnot (le Cetim, le CEA List et l’Institut Français du Pétrole), ce programme mis en place dans le cadre du programme « Investissements d’avenir, appel à projets ANR valorisation Carnot » soutenu par le fonds F2i (le fonds pour l’innovation dans l’industrie) vise en effet à accompagner les entreprises dans leurs projets innovants, de la conception au prototypage industriel, dans trois domaines : les CND innovants, l’intégration système et la robotique interactive. Là encore, des experts des instituts se mettront gratuitement à la disposition des entreprises pour concrétiser leur projet via des diagnostics poussés et un accompagnement. Des plateformes technologiques seront également mises à leur disposition (une prestation payante et sous réserve de disponibilité de l’équipement) dans chaque domaine pour leur permettre de valider leurs études de faisabilité et de réaliser leurs tests sur des installations réelles.

En robotique, CAPME’UP dispose ainsi d’une cellule de parachèvement, développée par Actemium, en mesure d’assurer des tâches de tronçonnage, de meulage, d’ébarbage et de polissage sur des pièces (de 80 à 500 kg) portées ou posées, dans une zone de travail de 4000x4000x3000 mm. « Des évaluations sont en cours pour des applications de pré-usinage », annoncent les responsables de la plateforme.

Evidemment, une aide au financement des projets, sous condition d’éligibilité, est prévue. Parallèlement, CAPME’UP met en œuvre différentes actions complémentaires. Au programme, par exemple, une formation d’une journée baptisée « Robotiser sans se tromper : les clés d’une démarche structurée » à destination des chefs d’entreprise, des directeurs de production, des chefs de projet robotique, des responsables méthodes ou industrialisation et toute personne ayant à définir ou à piloter un projet d’intégration de la robotique, l’édition de fiches didactiques sur le monde de la robotique et d’un « guide d’intégration de la santé et de la sécurité pour les robots collaboratifs », ou encore divers travaux de veille pour les entreprises. Un contenu fourni, disponible sur le site du programme.

 

Et après ?

Traditionnellement, si l’on en croit Jean Tournoux, nouveau délégué général du Symop, un projet de cellule de robotisation prend entre 8 et 18 mois. Il faudra donc attendre encore quelques mois avant d’évaluer l’efficacité de ces nouveaux dispositifs. Pour autant, la mobilisation ne faiblit pas. Notamment, l’aspect « sécurité », en particulier dans le cadre de cellules dites collaboratives (qui font cohabiter l’homme et le robot), est au centre des discussions. L’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) va ainsi lancer en 2014 une étude pratique sur la robotique collaborative. Les lignes directrices de l’étude : l’inventaire des fonctions de sécurité, un guide de mise en œuvre et des applications concrètes. « L’objectif est de rédiger un guide pratique à l’usage des industriels », annonce-t-on à l’INRS.

Autre préoccupation des spécialistes, « en particulier pour les PME, il faut créer une réelle relation entre les clients finaux et les intégrateurs », entendait-on lors de la table ronde animée par Guy Fages, rédacteur en chef de www.manufacturing.fr, qui clôturait la journée au Cetim. Là encore, des actions sont prévues, à commencer par la cartographie des intégrateurs dans l’Hexagone. Une opération devrait démarrer dès le 15 novembre dans le cadre de CAPME’UP.

Voilà qui commence bien (si l’on fait abstraction du fait que la robotique se démocratise depuis plus de 40 ans et que l’on considère toujours en France n’en être qu’au début…), mais il reste encore beaucoup d’aspects à traiter, comme l’investissement trop modeste de nos écoles en équipements robotisés, la formation initiale insuffisante au regard des besoins de l’industrie ou encore le manque de partenariats entre les fabricants de robots et de machines en tous genres. Il ne reste surtout plus qu’à convaincre les industriels eux-mêmes des bienfaits de la robotisation. Et ça, ça se construit tous les jours…