Economie

Pôles de compétitivité : peut mieux faire

Le dernier audit des clusters à la française
a livré ses conclusions cet été. La majorité d’entre eux peut souffler de
soulagement, mais certains doivent se remettre à l’ouvrage d’urgence.

 

Bercy
n’aurait-il pas envie de faire de vague avec les pôles de compétitivité ? Reste
que l’information est tombée en plein chassé-croisé des juilletistes et des
aoutiens : le dernier audit des 71 pôles, réalisé par les cabinets privés
BearingPoint, Erdyn et Technopolis Group-ITD pour les ministères du
Redressement productif, des PME et de l’Égalité des territoires, a jugé 20
pôles «très performants», 35 «performants» et 16 «moins performants».

 

Vers des pôles régionaux ?

Selon
l’audit, Avenia, Eau, Hydreos, Team, Elastopole, Fibre, Hippolia, Maud,
Medicen, Microtechniques, Produits arômes senteurs et saveurs, Industrie du
commerce, Qualimed, Qualitropic, Up-tex, et Xylofutur sont donc les « moins
bons élèves » du groupe en termes de capacité à lancer des projets recherche
associant grandes entreprises, PME et laboratoires publics, et de capacité à
animer leur écosystème. Que va-t-il leur arriver ? « Un dialogue plus
approfondi sera engagé avec eux et les collectivités territoriales, pour
partager ce diagnostic, en comprendre les raisons, et en tirer toutes les
leçons », disent les ministères concernés. Leur délabélisation (comme cela a
été le cas lors de l’audit précédent) est donc peu probable, d’autant que parmi
les pôles montrés du doigt, plusieurs n’existent que depuis fin 2009.En
revanche, certains évoquent un classement de ces pôles dans une catégorie plus
« régionale » et, dans ce cadre, une incitation forte à donner davantage de
place à leurs Régions respectives dans leurs gouvernances… et leurs financements.
C’est d’ailleurs l’une des recommandations des auditeurs, avec la création de
deux catégories de pôles : les « pôles de compétitivité
internationaux » et les « pôles de compétitivité et
d’innovation »n, les seconds étant quasiment gérés par les Régions.

 

Focus sur les finances

Plus
généralement, pour les 71 superclusters français, cet audit constitue
l’occasion d’une remise en cause. « A l’avenir, ils devront s’interroger sur
leur positionnement et envisager leur autonomie financière », prédit Marc Jardini,
référent national en ingénierie de clusters chez KPMG. En effet, compte tenu du
fait que les ressources nécessaires se trouvent désormais majoritairement au
niveau européen (PCRD, Ferder…), les Français devront faire la preuve de leur
crédibilité à l’échelle internationale pour trouver leurs finances. Il ne
serait d’ailleurs pas absurde qu’ils soient évalués, dans ce cas, au niveau de
l’Europe…

En outre,
avec un budget du fond unique interministériel (FUI, l’une des principales
sources de financements des projets des pôles) sans doute revu à la baisse à
l’avenir, il leur deviendra nécessaire d’augmenter la part de financements
privés dans leurs projets, mais aussi dans leurs budgets de fonctionnement. Là
encore, les auditeurs militent pour la parité public-privé sur ce point et
insistent sur la nécessaire « grande robustesse financière » des
pôles. Au passage, cela pourrait occasionner une mutation vers des systèmes plus
élitistes, avec des cotisations plus importantes qu’actuellement (quelques
centaines d’euros généralement), qui décourageraient les dilettantes.

Mais
surtout, alors que sept ans après leur création, les pôles de compétitivité
sont loin d’avoir créé de l’emploi à hauteur des espérances de l’époque – ceux
créés en lien avec des projets labélisés se comptent généralement en dizaines
–, « il leur faut passer du statut d’usines à projets à celui de fabriques de
compétitivité », lance Marc Jardini. Les consultants auditeurs, pour leur part,
parlent d’« usines à croissance ». 
Autrement dit, ces structures ne peuvent plus se contenter de la course
au nombre de projets labelisés par le gouvernement,  mais doivent se focaliser sur la création de
valeur, la génération de chiffre d’affaires.

 

Pas que du mauvais

La bonne
nouvelle ? Comme le préconise la conclusion du dernier audit, la politique des
pôles de compétitivité va à coup sûr est poursuivie par le gouvernement en
place. Et puis les industriels, et les mécaniciens en particulier, peuvent se
réjouir de la leçon principale de cet audit 2012 : Aerospace Valley, Arve
Industries, Capenergies, I-Trans, LUTB, Minalogic, Moveo, Pegase, et
Systematic, entre autres, leurs pôles phares, n’ont rien perdu de leur
efficacité.

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