QUATRE QUESTIONS À BLAKE MORET, CEO DE ROCKWELL AUTOMATION

Chaque année à l’automne, Rockwell Automation jette son dévolu sur une grande ville américaine pour y tenir sa grand-messe baptisée Automation Fair. C’est l’occasion de mesurer la portée et la diversité de l’écosystème qui se développe autour du catalogue de ce constructeur américain. C’est aussi l’occasion de rencontrer celui qui depuis juillet 2016 dirige cette entreprise qui compte 22 000 salariés dans le monde. Comment faire aujourd’hui pour passer de l’automatisation en silos à l’usine connectée ?


L’une des choses que nous devons prendre en compte est la capacité d’adaptation au changement de l’entreprise connectée et la productivité que l’on peut en tirer.

Une machine donnée présente un certain niveau de productivité qui résulte de ses composants élémentaires, de son débit, etc. Il est possible de procéder à des analyses approfondies au niveau des dispositifs et au niveau de la machine dans son ensemble. Sur une machine d’emballage par exemple, on peut analyser les moteurs et d’autres éléments afin de réduire les arrêts et améliorer le fonctionnement. Au niveau de la machine, effectuer des analyses vise à être capable de mieux exploiter la vision, à programmer plus efficacement les robots à la volée, à optimiser l’avance afin de réduire les engorgements, etc.

Ces deux niveaux d’approches analytiques existent déjà avec leurs schémas de productivité. A ce stade, il est possible d’évoluer vers le haut en connectant les machines sur le cloud. Potentiellement, il existe aussi des possibilités de créer des interfaces avec SAP et d’autres progiciels de gestion intégrés.

Il existe donc différentes opportunités à chaque niveau. Il ne s’agit pas de faire tout cela en même temps mais, étape par étape. Il est possible de commencer sur un site, de mesurer les bénéfices retirés et de passer aux autres. L’important est d’identifier les sources de productivité les plus importantes et de commencer par celles-là.

Cela passe par la collecte des données de process et de nombreuses entreprises sont frileuses à l’idée de voir leurs informations exportées vers des rivages inconnus, que leur dites-vous ?

D’abord, je ne recherche pas les données de ces entreprises. Je ne veux que ce qui est nécessaire pour améliorer leurs résultats. C’est une approche différente de celles d’autres acteurs qui disent qu’avec la totalité des données de production, ils seront en mesure de multiplier les pistes pour accroître les profits. Si vous disposez de temps et de moyens illimités, peut-être est-ce possible…

De mon côté, je propose de ne collecter que les données nécessaires pour réduire les temps d’arrêt non planifiés et optimiser les opérations, c’est-à-dire, des améliorations pour lesquelles le client est prêt à payer.

Bien sûr, nous sommes attentifs à la cybersécurité que nous mettons en œuvre par la méthode dite « défense en profondeur » : protection contre une intrusion visant à réaliser une opération non autorisée, protection contre les détournements de code applicatif et aussi, protection contre les fuites de données. Nous avons des spécialistes de la cybersécurité partout dans le monde qui peuvent venir nous aider pour comprendre ce qu’attend notre client, identifier les solutions et bâtir une stratégie.

Quels efforts poursuivez-vous dans le domaine de la standardisation et de la normalisation ?

Rockwell Automation a pris la décision, il y a de nombreuses années, d’adopter l’Ethernet standard sans modification en tant que protocole de nos communications. Lorsque j’ai débuté, nous avions des protocoles propriétaires comme DeviceNet, ControlNet et Data Highway mais nous avons tranché en faveur d’Ethernet. Et l’une des raisons, c’est que nous avions anticipé dès ce moment, qu’un jour la convergence serait essentielle entre les mondes de l’opérationnel et de l’informationnel – l’OT et l’IT.

C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui. L’une des voies de la standardisation passe par l’arrivée d’Ethernet jusqu’à l’équipement final et la question ne se pose plus de savoir si cette solution est rentable. D’ailleurs la pénétration vers le bas s’accroît avec des terminaisons Ethernet qui touchent désormais les capteurs. C’est l’un des aspects de la standardisation…

Un second aspect concerne la manière dont les données sont échangées entre les produits intelligents et en ce domaine, OPC UA est le standard auquel nous souscrivons. Nous avons des équipements qui intègrent un serveur ou un client OPC UA dont le lancement sur le marché est prévu dès 2018. C’est donc une autre forme importante de standardisation. Un autre objectif intéressant est la virtualisation des fonctionnalités assurées par le contrôleur. La couche logique a toujours été étroitement imbriquée avec une plateforme matérielle particulière.

Dans les années qui arrivent, nous allons créer des déclinaisons de couches logiques qui fonctionneront sur ce que nous appelons des processeurs COTS 1 tels que les puces Intel. C’est la reconnaissance que les fonctionnalités ne sont pas spéciales au point qu’elles requièrent un circuit dédié tel qu’un ASIC 2. Il y a donc une tendance qui consiste à ce que le logiciel produise des fonctionnalités et les prenne en charge sans nécessairement reposer sur un type de matériel en particulier.

Quelle sera en 2018, la stratégie de Rockwell Automation en termes de partenariats ou pourquoi pas, de rachats en Europe dans l’analytique ?

Dans ce domaine, quel que soit le nombre ou le type de sociétés que nous pourrions racheter, ou ce que nous pourrions développer par nos propres moyens, les technologies vont bouger à une telle vitesse que nous devrons avoir des partenariats avec d’autres entreprises. Nous avons en particulier, un partenariat solide avec Endress-Hauser depuis dix ans dont nous sommes particulièrement fiers.

Si l’on parle spécifiquement des acquisitions, nos principales motivations sont la technologie et l’innovation, l’expertise sectorielle qui apporte la compréhension d’une application ou d’un secteur industriel et l’accès à des marchés. Le rachat de Maverick Technologies est un exemple d’opération menée pour accroître nos expertises sectorielles. Celui d’Automation Control Products (ACP) qui a eu lieu au même moment, est avec Thin Manager, un exemple centré sur une technologie tandis que le sud-africain Hiprom, intégrateur spécialiste de l’extraction et des mines, est une fantastique opportunité de marché. Nos objectifs futurs qui concernent des entreprises européennes et d’autres dans le monde, visent une croissance externe annuelle, légèrement supérieure à 1 % et ça n’est en aucun cas limité à des sociétés des Etats-Unis ou d’Amérique du nord.